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TRIBUNE-THERMOGRAPHIE AÉRIENNE

Les drones, atouts méconnus de la transition énergétique ?


En décembre dernier, à l’issue d’un débat public de plusieurs mois, le gouvernement présentait la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), une feuille de route destinée à piloter la politique énergétique du pays. Et celle-ci, sans surprise, attache une importance particulière à la hausse des énergies renouvelables dans le mix électrique tricolore (+ 25 % d’ici 2035) et à la réduction de la consommation d’énergie finale (– 50 % d’ici 2050). L’objectif, in fine, étant de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Hexagone de 40 % d’ici 15 ans. Ce qui ne pourra se faire, selon le gouvernement, sans un développement de l’énergie photovoltaïque et une meilleure isolation de nos bâtiments.

Émissivité des parois

Alors que la France compte actuellement un peu moins de 7 millions de logements mal isolés, le secteur résidentiel-tertiaire pèse 45 % de nos consommations énergétiques globales. Et environ 27 % de nos émissions de gaz polluants. De mauvais résultats qui avaient poussé Jacques Mézard, alors ministre de la Cohésion des territoires en novembre 2017, à affirmer que « la réussite de la transition écologique repose notamment sur le secteur du bâtiment, qui constitue un des leviers principaux pour relever le défi climatique ». Le gouvernement de prévoir une enveloppe de 14 milliards d’euros pour le financement de la rénovation de 500 000 habitats par an, et une autre d’1,8 milliard d’euros, dévolue au parc immobilier de l’Etat, dont un quart des bâtiments devront être rénovés d’ici 2022.

Encore faut-il savoir précisément où se trouvent les déperditions d’énergie dans le bâti. Car il serait absurde d’engager de l’argent de manière inutile, alors que la rénovation de la pierre doit permettre des économies… Raison pour laquelle, depuis de nombreuses années, les thermiciens et les collectivités locales ont recours à l’imagerie infrarouge, afin de visionner les zones de chaleur et établir le meilleur diagnostic possible. Problème : lorsque les bâtiments sont trop rapprochés ou inaccessibles, les « simples » caméras thermiques ne suffisent plus. Sauf si elles sont embarquées sur un drone. La thermographie aérienne étant l’unique moyen, aujourd’hui, de prendre des clichés infrarouges avec un angle toujours optimal perpendiculaire à la surface du bâtiment.

Moins volumineux et moins contraignant que les échafaudages et autres nacelles, les « aéronefs circulant sans personne à bord », selon la nomenclature de la direction générale de l’aviation civile (DGAC, sous tutelle du ministère de la Transition écologique et solidaire), offrent surtout de bien meilleurs clichés. Et les données thermiques captées, bénéficiant d’une résolution supérieure, sont plus fiables et exhaustives que celles d’un appareil « au sol ». Evoluant à quelques mètres seulement des surfaces à analyser, les drones permettent ainsi de « lire » l’émissivité – ou la capacité d’une surface à absorber et émettre de l’énergie – des parois d’un bâtiment de manière optimale, indique Alexandre Chapelle, thermicien. Qui note également le faible coût de l’opération. Et, par conséquent, la compétitivité du drone par rapport aux hélicoptères et autres ULM munis de caméras.

« Fermes photovoltaïques »

La thermographie aérienne a également un rôle de premier plan à jouer en matière d’énergie solaire. Elle-même appelée à se développer grandement, en France – 5ème potentiel d’ensoleillement européen –, puisque le nombre de panneaux photovoltaïques devrait croître largement dans les prochaines années. En raison, notamment, d’un coût de production de plus en plus compétitif (55 euros le mégawattheure), très proche de celui du nucléaire. Sans compter que le gouvernement incite de plus en plus à l’autoconsommation, dans les foyers comme sur les lieux de travail. Et prévoit à ce titre crédits et autres exonérations fiscales à destination des particuliers et des entreprises qui consommeraient leur propre électricité solaire.

Certains estiment ainsi que les « fermes photovoltaïques », ces champs de panneaux bien ordonnés, deviendront monnaie courante. Dans le Lot-et-Garonne, par exemple, un vaste projet de parc photovoltaïque est en cours ; 8 ou 9 fermes réparties sur près de 2 000 hectares, soit l’équivalent de 3 000 terrains de football. Difficile, dans ces conditions, de traquer les « Hot Spot » (ou cellules défectueuses), à moins d’avoir recours à la prise de vue aérienne. « Ce qui est bien, grâce au drone, c’est qu’il vous offre une nouvelle paire d’yeux. Son imagerie thermique aide à visualiser les problèmes sur une plus grande échelle, ce qui permet de prendre du recul, contrairement aux analyse normales », explique Julien Waehlti, responsable du pôle photovoltaïque chez Romande Energie, entreprise de production d’énergie spécialisée dans le renouvelable.
Lorsqu’une cellule est défectueuse, la photographie fait ainsi apparaître des écarts colorimétriques à l’endroit de la déperdition de chaleur. Un phénomène qui n’a pas besoin de matériel spécifique pour être lu, puisqu’il est visible immédiatement à l’oeil nu. Si bien qu’un site de 4 000 panneaux ne nécessitera que quelques minutes de survol. Un gain de temps, mais également d’argent. Car la dimension économique de la transition énergétique doit être rappelée. Si la « révolution verte », d’un côté, doit permettre des factures allégées pour les propriétaires de panneaux photovoltaïques, elle invite, de l’autre, de nouvelles structures – que l’on appelle start-ups la plupart du temps – à prendre part à la croissance verte. Les drones n’étant pas, à proprement parler, des instruments de transition énergétique. Mais des atouts, plutôt.

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